Par A. Sfez · Mis à jour le 18 août 2026
Le TCS a ramené son coût kilométrique à 74 centimes pour 2026, deux centimes de moins que l’an dernier, sur la base d’une voiture type à CHF 45’000 parcourant 15’000 kilomètres par an, soit 11 112 francs par année. Le chiffre est solide et il est mal employé, parce qu’il répond à une question et une seule : faut-il posséder cette voiture. Il ne dit rien de la suivante, prendre la voiture ce soir plutôt que le train, dont la réponse tient dans un montant quatre fois plus petit.
Les deux montants se calculent séparément ci-dessous, avec le forfait kilométrique du leasing et son tarif de dépassement, qui déplacent la réponse plus que le prix du carburant.
Une voiture coûte de deux manières distinctes, et les additionner en un seul chiffre efface la différence. Le premier coût tombe que le véhicule roule ou qu’il dorme : le bailleur facture sa mensualité, l’assureur sa prime, le canton ses plaques. Le second ne se déclenche qu’au kilomètre : le carburant, et la part de l’entretien qui suit le compteur plutôt que le calendrier. En leasing, un troisième coût attend au-delà du forfait kilométrique, et il ne relève ni de l’un ni de l’autre.
L’exemple ci-dessous part de la voiture type du TCS, une compacte à CHF 45’000 en leasing sur 48 mois dans le canton de Vaud, avec un forfait de 15’000 kilomètres par an. Le stationnement reste en dehors du calcul : le but est de mesurer le kilomètre, pas la place de parc. Tout est réglable.
| Charge annuelle, quel que soit le kilométrage | Par an |
|---|---|
| Dépréciation Le véhicule vaut moins cher qu’au premier jour, garage ou pas | CHF 6’750 |
| Intérêts du financement TAEG de 4,9 %, calculés sur le capital et la valeur résiduelle | CHF 1’433 |
| Assurance Responsabilité civile et casco complète, exigée par le bailleur | CHF 1’800 |
| Plaques et taxe cantonale Facturée à l’année, sans rapport avec le compteur | CHF 370 |
| Socle d’entretien Montage saisonnier des pneus, stockage, contrôles | CHF 290 |
| Total à l’arrêt | CHF 10’643 |
Le contrat coûte donc CHF 10’643 par an avant le premier kilomètre, soit CHF 887 par mois pour une voiture qui ne quitte pas le garage. La dépréciation en fait 63 %, et elle est fixée à la signature : en leasing, la valeur résiduelle est écrite au contrat, elle ne se renégocie pas parce que le conducteur a roulé moins que prévu.
| Charge déclenchée par le compteur | Par kilomètre | Aux 100 km |
|---|---|---|
| Carburant 6,5 L aux 100 km à 1,82 CHF le litre | 11,8 ct | CHF 11,83 |
| Service, réparations, pneus Les révisions tombent à l’échéance kilométrique, les pneus s’usent en roulant | 7,1 ct | CHF 7,10 |
| Total du kilomètre roulé | 18,9 ct | CHF 18,93 |
Ce chiffre ne bouge pas avec le kilométrage annuel, et cette stabilité fait sa valeur. Un détour de cinquante kilomètres coûte CHF 9 que la voiture en parcoure 5’000 ou 40’000 dans l’année, tant que le forfait du contrat reste respecté. L’entretien y pèse 7,1 centimes, soit 38 % du total, et sa place ici plutôt que dans le tableau précédent tient à la manière dont un garage facture : le service se déclenche à l’échéance kilométrique ou à la date, la première atteinte des deux, et un jeu de pneus tient environ 30 000 kilomètres. Reste au calendrier ce qui tombe même à l’arrêt, le montage saisonnier et le stockage, chiffré plus haut.
Le coût tout compris est le quotient des deux tableaux : la charge à l’arrêt, étalée sur les kilomètres effectivement parcourus, plus le coût du kilomètre roulé. Diviser une somme fixe par un petit nombre donne un grand nombre, et la courbe rouge décolle.
Au réglage courant, 15’000 kilomètres par an reviennent à 90 centimes du kilomètre tout compris, contre 18,9 centimes pour le kilomètre roulé. Le même contrat facturé sur 5’000 kilomètres monterait à 232 centimes, et sur 40’000 kilomètres il tomberait à 61 centimes.
La conséquence pratique va à l’encontre du réflexe courant. Renoncer à un trajet pour économiser n’économise que 43,9 centimes du kilomètre, et pendant ce temps la charge à l’arrêt continue de courir. Le conducteur qui roule peu ne doit pas chercher à rouler moins : il doit se demander si le véhicule vaut ses CHF 887 mensuels, et regarder du côté d’une voiture moins chère, d’un contrat plus court ou de l’autopartage. À l’inverse, le gros rouleur amortit sa charge fixe sur beaucoup de kilomètres, et son coût tout compris se rapproche du coût du kilomètre roulé.
Un leasing ne vend pas une voiture, il vend une voiture pour un nombre de kilomètres. Le contrat en fixe le plafond, ici 15’000 kilomètres par an, et facture chaque kilomètre au-delà. Au réglage courant le plafond reste respecté et rien n’est facturé en plus. Le premier kilomètre au-delà, lui, coûterait 43,9 centimes au lieu de 18,9, et le graphique fait apparaître cette troisième ligne à l’endroit exact du forfait. Un dépassement de dix mille kilomètres sur la durée du contrat coûterait CHF 2’500.
Ce tarif ne paie pas de l’entretien, et la confusion est fréquente. Les révisions, les pneus et les réparations figurent déjà dans le tableau précédent : le conducteur les règle au garage, forfait ou pas. Le tarif de dépassement paie autre chose, la valeur perdue par le véhicule. Rouler davantage abaisse ce que la voiture vaudra à la restitution, et cette valeur appartient au bailleur, qui l’a inscrite au contrat. Le kilomètre excédentaire est donc un rachat de valeur résiduelle, pas une facture de garage.
De là une conséquence mal comprise. En dessous du forfait, le kilomètre ne coûte rien de plus en valeur, non parce qu’il n’userait pas la voiture, mais parce que cette usure est déjà payée dans la mensualité : la valeur résiduelle du contrat suppose un véhicule ayant parcouru 60’000 kilomètres au terme, et ces kilomètres sont achetés d’avance. Au-delà, le compteur sort du contrat et chaque kilomètre se rachète à l’unité. Le propriétaire de son véhicule supporte exactement la même perte de valeur, à ceci près qu’il ne la paie qu’à la revente, et au prix réel.
Ce prix réel se calcule, et le tarif contractuel mérite d’y être confronté. La règle du métier, citée par les assureurs suisses, veut que le prix du kilomètre excédentaire corresponde à la perte de valeur qu’il provoque : la valeur résiduelle divisée par 2 000 donne le tarif en centimes. Sur ce contrat, la valeur résiduelle de CHF 18’000 justifie 9 centimes du kilomètre. Le tarif du contrat, 25 centimes, en demande 2,8 fois plus. La différence n’indemnise aucune usure : elle rémunère le bailleur. Un contrat suisse à 37 centimes a valu au bailleur d’être qualifié d’usurier par le service de conseil en désendettement de Berne, qui chiffrait le dommage réel à 10 centimes dans le même dossier.
L’asymétrie complète le tableau. Au-dessus du plafond, chaque kilomètre se paie. En dessous, rien n’est rendu : les kilomètres achetés et non parcourus sont perdus. Un forfait pris trop large coûte donc deux fois : en mensualité, puisque la valeur résiduelle est calculée sur un véhicule plus usé, et en kilomètres perdus. Le forfait doit se caler sur le kilométrage réel des trois dernières années, relevé sur le compteur, jamais sur une estimation optimiste.
Le TCS publie 74 centimes pour la même voiture, contre 90 ici. Les deux calculs mesurent des objets différents, et l’écart s’explique poste par poste. Le TCS compte le stationnement, 16 % de son total, soit 1 778 francs par an, écarté ici puisque la question porte sur le kilomètre. Il lisse la dépréciation sur dix ans et 150 000 kilomètres, alors qu’un leasing de 48 mois concentre les quatre premières années, celles où la voiture perd le plus de valeur. Il rémunère enfin le capital à 0,05 %, taux d’une voiture payée comptant, quand ce contrat porte un TAEG de 4,9 %.
Le calendrier et le financement expliquent donc la totalité de l’écart, et la conclusion tient dans une phrase : le leasing ne rend pas la voiture plus chère à faire rouler, il la rend plus chère à posséder. Sur le kilomètre roulé, les deux méthodes se rejoignent.