Par A. Sfez · 18 août 2026
Deux cantons ont changé de méthode au 1er janvier 2026. Saint-Gall taxait le poids et rien d’autre, l’Argovie la cylindrée ; les deux additionnent désormais le poids et la puissance. Présentée comme un ajustement technique, l’opération fait apparaître une facture annuelle là où il n’y en avait aucune, et elle annonce ce qui attend les vingt-quatre autres cantons.
Les barèmes cantonaux ont été bâtis sur des grandeurs qui décrivaient bien une voiture thermique : la cylindrée, les chevaux fiscaux, parfois le poids seul. Aucune de ces grandeurs n’existe sur une voiture électrique. Une cylindrée nulle ne se taxe pas, et un barème indexé dessus ne perd pas ses recettes progressivement : il les perd d’un coup, dès que le parc bascule.
Or il bascule. Les véhicules à prise, électriques et hybrides rechargeables confondus, représentent 34,7 % des immatriculations neuves de janvier à avril 2026 en Suisse, et 37,5 % sur le seul mois d’avril, selon auto-suisse. Un tiers des voitures neuves échappe donc en tout ou partie à une assiette conçue pour l’autre parc. Aucun canton ne peut tenir cette position longtemps, et la formule qui remplace l’ancienne est presque toujours la même : le poids, que toutes les voitures ont, et la puissance, que toutes les voitures ont aussi.
Saint-Gall assume la conséquence jusqu’au bout en se déclarant neutre sur le plan technologique : l’électrique paie comme les autres. L’Argovie garde un avantage, mais le convertit en abattement chiffré plutôt qu’en exonération, ce qui est une manière de le rendre révisable ligne par ligne.
Saint-Gall prend 182 francs par tonne de poids total plus 1,27 franc par kilowatt, contre 260 francs par tonne auparavant, sans plus aucune exception pour l’électrique.
L’Argovie additionne une part de poids (90 francs jusqu’à 1400 kg, puis 8,5 centimes par kilo supplémentaire) et une part de puissance (90 francs jusqu’à 60 kW, puis 1 franc par kilowatt). Les électriques et les hydrogènes obtiennent 20 % de rabais sur le poids retenu et 30 % sur la puissance, appliqués avant le calcul ; les hybrides rechargeables la moitié. L’abattement compense la batterie et le fait qu’un moteur électrique ne tient pas sa puissance maximale en continu. Il n’a pas de date de fin, ce qui ne veut pas dire qu’il n’en aura jamais.
| Véhicule | SG avant 2026 | SG dès 2026 | AG dès 2026 |
|---|---|---|---|
| Compacte essence | CHF 494 | CHF 486 | CHF 273 |
| Compacte électrique | CHF 0 | CHF 591 | CHF 256 |
Montants annuels calculés avec les barèmes officiels, pour une compacte essence de 1900 kg de poids total et 110 kW, et une compacte électrique de 2200 kg et 150 kW. Ces deux valeurs figurent sous les cases 33 et 76 du permis de circulation : ce sont elles qui font foi, et un modèle plus lourd déplace le résultat.
Pour une thermique, l’opération saint-galloise est presque blanche : la baisse au poids compense l’ajout de la puissance, CHF 494 deviennent CHF 486. Pour une électrique, la facture passe de zéro à CHF 591 par an. En Argovie, l’abattement ramène la même voiture de CHF 338 à CHF 256, soit environ un quart de moins.
Un rabais cantonal sur l’électrique n’est pas une clause de votre contrat. C’est une décision politique, votée, et révisable par le même chemin. Aujourd’hui 17 cantons sur 26 accordent encore un rabais et 2 exonèrent totalement. Rien ne garantit que ce sera le cas dans trois ans.
Et c’est précisément la durée qui pose problème. Un leasing de 48 mois traverse au moins un exercice budgétaire cantonal, souvent deux. Le loyer, lui, est fixe pour toute la durée. La taxe ne l’est pas : elle vous est facturée chaque année, au tarif du moment. Quelqu’un qui a construit son budget sur une exonération et qui la perd en cours de route encaisse la différence seul, sans recours, et sans que personne l’en ait averti au moment de la signature. À Saint-Gall, cette différence vaut CHF 591 par an, soit environ CHF 2’364 sur ce qu’il reste d’un contrat de quatre ans.
La conclusion n’est pas qu’il faut renoncer à l’électrique, dont le coût total reste souvent favorable une fois l’énergie et l’entretien comptés. Elle est qu’un avantage fiscal cantonal se traite comme un bonus, jamais comme une brique du budget : si l’équation ne tient que grâce à lui, elle ne tient pas.
Trois réflexes suffisent. Demandez le montant de la taxe pour votre véhicule et votre canton, pas une moyenne suisse : l’écart entre le canton le moins cher et le plus cher dépasse le simple au double. Prenez le poids total et la puissance sur la fiche technique du modèle exact, options comprises, puisque ce sont les deux nombres qui entrent dans les nouveaux barèmes. Et refaites le calcul sans le rabais électrique, pour savoir ce que vous risquez si votre canton suit Saint-Gall.