Par A. Sfez · Mis à jour le 18 août 2026
Vous avez de quoi payer la voiture comptant, et quelqu’un (un conseiller, un vendeur, un ami qui investit) vous souffle qu’il serait dommage d’immobiliser cet argent : « finance la voiture et laisse tes économies travailler ». L’argument n’est pas absurde, il est même parfois juste. Mais il repose sur une comparaison que presque personne ne pose correctement, et sur un risque que presque personne ne chiffre.
Vous avez CHF 40’000 de côté, la voiture coûte CHF 40’000, et votre budget peut consacrer CHF 1’000 par mois à la voiture et à l’épargne. La voiture elle-même dépense CHF 300 par mois en usage (énergie, assurance, entretien), quel que soit son financement ; financée, elle coûte en plus une mensualité de CHF 917,43, soit CHF 1’217 par mois tout compris.
Mêmes revenus, mêmes frais, même voiture des deux côtés : seule la manière de la payer change. La fortune finale départage. Réglez les curseurs, tout se recalcule.
| Payer cash | Financer + rester investi | |
|---|---|---|
| Sortie d’économies au jour 1 | CHF 40’000 | 0 |
| Capital investi au départ | CHF 0 | CHF 40’000 |
| Revenu disponible chaque mois | CHF 1’000 | CHF 1’000 |
| Frais d’usage de la voiture | − CHF 300 | − CHF 300 |
| Mensualité du financement | 0 | − CHF 917,43 |
| Reste, chaque mois | + CHF 700 versés sur les placements | − CHF 217 prélevés sur les placements |
| Le financement vous aura coûté | CHF 40’000 (comptant) | CHF 44’037 (dont CHF 4’037 d’intérêts) |
| Fortune finale après 48 mois | CHF 36’320 | CHF 35’513 |
La valeur du véhicule, identique des deux côtés, est laissée hors du tableau. Placements capitalisés mensuellement à 4,0 % par an. Une fortune négative signifie que les économies ne suffisent pas à tenir la stratégie jusqu’au bout.
Avec vos réglages, payer cash finit CHF 807 devant : le financement à 4,9 % coûte plus que ce que des placements à 4,0 % rapportent. Notez que le revenu disponible et les frais d’usage, identiques des deux côtés, ne changent pas le vainqueur : ils déterminent si la stratégie est tenable. Le duel se joue entre deux chiffres, le rendement de vos placements et le taux du financement.
La règle tient en une ligne : emprunter en restant investi ne gagne que si le rendement net de vos placements bat durablement le taux du financement. Le point d’équilibre est exactement le taux du prêt.
Le curseur le dit mieux qu’un discours : plus le taux du financement est bas, plus la barre à franchir est basse. Avec un vrai taux promotionnel à 0,9 %, battre le financement avec un portefeuille prudent devient plausible ; à 7,9 % de crédit privé, il faudrait un rendement que seul un portefeuille agressif peut produire, sans garantie de le faire pendant votre contrat précisément. Il reste une raison de financer même en ayant le cash : conserver une réserve de liquidités pour les imprévus, indépendamment de toute logique de rendement.
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