Par A. Sfez · 18 août 2026
Le 18 juin 2026, la Banque nationale suisse a laissé son taux directeur à 0 %. C’est la quatrième décision consécutive sans changement, et l’institut prévoit une inflation de 0,6 % en 2026 comme en 2027. Pour quelqu’un qui négocie un financement auto cette semaine, la nouvelle n’est pas que l’argent est gratuit : c’est qu’il le restera un moment, et que rien ne justifie d’attendre une baisse.
La confusion est fréquente et elle coûte cher. Le taux directeur fixe le prix auquel les banques se refinancent. Le taux d’un leasing ou d’un crédit auto y ajoute trois choses : la marge du financeur, le risque de défaut, et le coût commercial du réseau qui a placé le contrat. Un écart de plusieurs points est donc normal, structurel, et il ne disparaîtra pas.
Ce que la décision de juin change, ce n’est pas le taux proposé. C’est l’argument. Quand le loyer de l’argent est nul depuis un an et que la banque centrale annonce qu’il le reste, un taux affiché à 5 ou 6 % ne peut plus être présenté comme le reflet des conditions de marché. Il reflète une politique commerciale, ce qui se discute.
Un taux promotionnel très bas n’est presque jamais une performance de financement : c’est un budget marketing du constructeur ou de l’importateur, destiné à écouler un modèle. La conséquence pratique est simple à formuler : cet argent doit bien sortir de quelque part, et il sort en général de la remise que vous n’obtiendrez pas sur le prix.
D’où la seule question qui départage vraiment deux offres : quel est le prix comptant avec le financement promotionnel, et quel est-il sans ? Si l’écart dépasse ce que le taux vous fait économiser, la promotion est un habillage. Sur notre véhicule de référence à CHF 35’000, passer de 4,9 % à 0,9 % économise CHF 3’640 d’intérêts sur 48 mois. Une remise de CHF 3’640 sur le prix vaut donc exactement la même chose, et elle a l’avantage de ne dépendre d’aucun contrat de financement.
Pour cette même compacte à CHF 35’000 avec CHF 3’500 d’apport sur 48 mois, face à un crédit privé à 7,9 %, le leasing revient moins cher que le crédit tant que son taux effectif reste sous 2,49 %. Le calcul tient compte des deux avantages que le crédit conserve et que personne ne compte : les intérêts déductibles du revenu imposable, et la casco complète qui cesse d’être obligatoire dès que la voiture vous appartient.
Ce seuil se déplace avec votre situation, à la hausse si votre taux marginal d’imposition est élevé, à la baisse si le crédit proposé en face est meilleur que 7,9 %. Mais l’ordre de grandeur tient : la frontière se situe autour de deux et demi pour cent, pas autour de cinq.
Un leasing affiché à 0,9 % passe largement sous le seuil et mérite d’être pris au sérieux, à condition de vérifier le prix comptant en face. Un leasing à 4,9 % passe largement au-dessus : ce n’est pas une offre de financement, c’est le financement qui paie le reste de l’opération.
Et puisque le taux directeur ne bougera pas de lui-même, attendre ne sert à rien. Le levier n’est pas le calendrier de la BNS, il est dans la comparaison de deux ou trois offres et dans la question du prix comptant. C’est le seul endroit où quelques milliers de francs se déplacent encore.